Les chiffres, c'est mon truc. J'aime bien les lire et les analyser ; parce que bien souvent, seul le ton est persuasif, le chiffre en lui-même ne veut rien dire. Prenons un exemple :

- "Cette année, 8 000 kilomètres de voie ferrée ont été révisées et renforcées ; cela correspond à 9 fois la distance entre Dunkerque et Perpignan, villes les plus éloignées l'une de l'autre en France". Ouah, c'est énorme !

- "Cette années, seuls 8 000 kilomètres de voies ferrées ont pu être entretenus, mois d'1/7è du parc national." Bouah, c'est pas beaucoup.

Bon, je suis pas là pour parler de la SNCF, mais du trou de la Sécu. On en parle, on le chiffre, et tout et tout, et pour 80% de la population, c'est là un gouffre sans fond. Du coup, la pilule passe moyen quand on nous demande de raquer un euro par-ci par-là pour éviter de le creuser davantage. En 2008, c'était -10 milliards ("Ouah, c'est énorme"). Ou un cinquième du budget de la défense française ("Ah oui, c'est pas énorme en fait").

Alors pour combler ce "machin", on va ponctionner un euro pour chaque consultation généraliste, 50 centimes ou 1 euros sur les boîtes de médicaments, et puis bien d'autres à venir. Les dépassements d'honoraires autorisés, les consultations très peu remboursées chez un médecin autre que son médecin traitant, ça fait du bifton qui part dans le fameux trou. Trou qui, inlassablement, se creuse seul, pour peut-être avoisiner les -20 milliards pour 2010. Ah oui j'oubliais, on parle en euros hein. les trucs qui valent genre 6 francs 50...

Bon, là, je crois qu'ils sont à cours pour nous faire payer encore plus. Deux questions sont importantes ; "pourquoi que l'trou y grossit ?" et "comment qu'on pourrait faire pour l'combler ?".

La médecine fait des progrès énormes, énormes, voire trop énormes. Là ou il y a dix ans, un patient mourrait après un grave accident de voiture, aujourd'hui on est capable de tenter beaucoup de choses. On est même capables de tenir un patient mort en vie pendant des semaines. Le débat sur l'euthanasie, il prend là tout son sens. Tout ça pour dire qu'avant, on mourrait dix ans plus tôt, et qu'on tend à vivre de plus en plus vieux, de plus en plus assisté dans les dernières années, et qu'environ un patient sur deux "coûte" durant ses 12 derniers mois de vie autant d'argent que depuis sa naissance. C'est réducteur et brutal, mais j'aime trop les chiffres pour être vague.

Et deuxième question, combler le trou. Il y a dix milles pistes à explorer et à creuser, mais c'est bien trop difficile, vous comprenez. La Sécu, c'est un espèce de réseau régionalisé, c'est à dire un organisme qui fait les choses à 50 endroits différents alors que tout pourrait se faire au même endroit. Je parle pas de main d'oeuvre hein, mais bien des moyens logistiques et techniques absolument pas mutualisés aujourd'hui. Bien évidemment, cela demande des changements majeurs mais ça ne changerait en rien la vie des assurés, et ces évolutions seraient bien mieux perçues que des euros volés à chaque symptôme.

Rhôô, et si. Il faut quand même noter la répartition budgétaire gouvernementale plutôt aléatoire et irréfléchie. Le sécu est la seule dépense nationale publique qui ne rentre pas dans le budget de l'état. Imaginez que la société que vous gérez, qui doit gagner de l'argent ou au minimum ne pas en perdre, ait un "espace" du même genre". Un compte qui rentre pas dans votre budget. C'est facile de dire "Cette année, j'ai gagné 1 million" si à côté, le fameux compte à part est déficitaire du double. N'est-ce pas ?

Notez aussi que ce qui coûte une fortune à la Sécu, ce sont les traitements des cancers. Les chimiothérapies (mono ou poly) peuvent coûter jusqu'à 20 000 euros par semaine et par patient. N'est-ce pas énorme ? ("Ah ouais, énorme"). Et ces cancers, il n'y en avait pas tant dans les dernières années. Pourquoi donc ? Le débat est compliqué, et moi je pencherais plutôt pour une dégradation des conditions de travail de manière générale, cette fameuse philosophie du "travailler plus". Aussi, dans ma tête, on rajoute à ça un stress montant, des angoisses infinies, pour en arriver sur le constat que le français est le plus gros consommateur d'anti-dépresseur au monde. Mais là, ce n'est que mon avis.

Le votre sera peut-être différent, mais on tombera d'accord sur une cause. Le tabac. On nous le dit, on nous l'écrit. Chaque cigarette augmente le risque d'un cancer. Mais attendez, tabac, tabac. Le tabac augmenterait le nombre de cancers, et coûterait en conséquence des sommes folles à la Sécu ? Hum. Ce tabac, pour lequel le gouvernement perçoit 80% en taxes ? Ah oui, c'est bien le même.

Mais alors, calcul simple. Comparons sur 2008. -10 millards pour la Sécu. Et le tabac rapporte 11 milliards ? En un an on bouche le trou ? Mais alors c'est plus un trou, c'est un mythe...