Parler, parler et parler. Ecrire et banaliser, scander et populariser. Dur dur ce débat sur l'identité nationale.

Alors on entend et on lit parfois, des choses du genre "La différence de culture nuit au peuple français" ou encore "Si les asiatiques arrivent mieux à s'intégrer dans "notre" pays (sic !) c'est qu'ils sont moins nombreux."

De grâce, comprenez ce que vous dites. C'est quoi cette notion de pays, de nation, dont ou nous rabâche la définition ? Je suis né en France, donc je suis français, n'est-ce pas ? Ah non, il faut que parents soient français ? Et mes grands-parents ? L'un ou l'autre ? Les deux ? Mais bordel, comprenez ce que vous dites. Essayez de trouver la définition d'un "français" et vous vous rendrez compte que c'est impossible. Il ne s'agit que d'une étiquette, que chacun pourrait avoir peu importe ses origines, ses croyances, ses vices même. C'est une étiquette.

Et surtout, on n'oublie pas. Dans la devise du pays des français, il y a un mot "égalité". Ca signifie (ou ça devrait signifier) que tous autant que nous sommes, nous devons respecter les mêmes règles, nous avons les même devoirs. Et pourtant, depuis quelques mois, on nous parle de "radier" des français. De leur supprimer leur nationalité. Mais attention, les purs français de souche ne risquent rien ; il s'agit des français récemment naturalisés. Donc moi, français de souche, je fais le même délit que mon copain, récemment naturalisé, et on est condamné à deux peines différentes : je pars en prison française, avec ce qu'on sait de la durée des peines, et lui sera perdra sa carte d'identité française. Ca ne choque que moi ?

A côté de ça, on nous explique aussi que la culture du pays d'origine (sic encore !) fait toute la différence. Des africains s'intègrent moins bien que les asiatiques et les statistiques sur la délinquance montrent que les crimes et délits sont davantage commis par des africains que des asiatiques. Mais alors pourquoi on parle de culture ? Les black ont la culture de la violence ? Héhé, certainement pas plus que les autres. Notre gouvernement nous explique que la taille des familles joue beaucoup, nous sort tout plein de différences sur les cultures étrangères et à quel point elles diffèrent de la notre. Justement ! C'est parce qu'elle est différente qu'il faut la découvrir !

Et l'autre trou-du-cul au ministère qui nous dit, chiffres à l'appui, que les délinquants sont majoritairement issus des pays du Maghreb. Si les chiffres le disent, c'est sans doute vrai. Mais réfléchissez à deux choses :

- Le trouduc en question, il compare les français aux étrangers, et en tire une conclusion. Forcément que l'un des deux aura plus de délinquants que l'autre. Il pourrait aussi comparer la couleur des cheveux si on part par là ; je suis certain qu'on peut trouver les chiffres, et prouver que les délinquants sont majoritairement des bruns. Alors quoi, on punit les bruns plus sévèrement ?

- Le trouduc en question toujours, mais cette fois-ci comme tous les trouducs avant lui à son poste, ils autorisent et cautionne le contrôle à la tronche. C'est même écrit noir sur blanc dans les textes de formation comme contrôleur SNCF : "Par manque de temps sur un TGV, un train grande ligne, ou de manière générale sur un omnibus, le contrôleur titulaire peut et doit orienter ses contrôles. Il pourra choisir de ne contrôler en priorité que les voyageurs qui lui semblent en situation irrégulière." On lit deux pages plus loin que "les voyageurs d'origine étrangères, ou voyageant avec un chien (hors caisse), ou encore dont les bagages ne sont constitués que de cabas constituent à eux seuls 31% des contravention dressées sur l'année 2008". Et donc quoi ? On contrôle les arabes et les SDF avec clébard ? Uniquement eux, et on laisse les costards-cravates tranquillos en 1ère ? Et comment vous voulez que le chiffre baisse... Il ne fera que monter, inexorablement, renforçant les pensées extrémistes et hérissant les poils de ceux qui, comme moi, aiment les chiffres mais se méfient des référentiels.

Alors non, je suis pas non plus un défenseur de ce qu'ils appellent la discrimination positive. J'aimerais juste qu'on se pose les vraies questions. Dans ma société de rêve, la justice sanctionnerait de la même façon deux individus ayant commis la même faute, peu importe leur pays d'origine et celui de leurs parents sur 8 générations. Et stratégiquement, il faudrait faire des statistiques. Mais on effectuerait ces statistiques sur des critères fondés, comme l'éducation, le milieu social, la stabilité familiale ou les hobbies. On chercherait des corrélations, on tenterait d'identifier des vraies causes qui pourraient influer : le cinéma, les jeux vidéos, les disputes des parents... Mais on se forcerait pas en trouver, car on ne peut pas tout expliquer. Et une fois certaines causes analysées, on mettrait en place des actions en amont pour prévenir, ça éviterait les sanctions, les chiffres, les débats stériles sur "c'est quelle couleur de peau qui viole le plus". On pourrait, je sais pas, changer notre système éducatif, réorganiser nos espaces urbains, sensibiliser davantage... Parce que si on le fait pas, on ne fera que sanctionner plus et plus encore chaque année. Et une fois qu'un de nos futurs trouducs aura rétabli la peine de mort, et qu'il aura flingué les fameux 35% de délinquants étrangers, il en restera 100% de français. Une fois qu'il aura flingué les 75% de "pas-trop-français-parce-que-sa-grand-mère-elle-a-passé-deux-ans-en-Lybie", il en restera encore 100% de français, issus de parents français sur 8 générations. Et pour que pour ceux-là, enfin, il faudra chercher des vraies solutions et oublier le rideau de fumée de la nationalité.

Après vous me direz, il pourra encore flinguer les pédés, les blondes, les SDF, les smicards, les anars, les sourds-muets, les borgnes, les nains et j'en passe. Et alors tous les fiers électeurs intolérants se sentiront rassurés. Juré, ce jour là, c'est moi qui irait cramer leurs voitures la nuit, juste pour leur montrer que même dans leur "race", on peut être sacrément abruti.