Dans un récent coup de gueule, je parlais des discriminations en tous genres et j'évoquais la solution de l'éducation. Faut quand même avouer que côté éducation chez nous, on est des sacrés brêles. On mélange tout, éducation et instruction, et c'est bien dommage.

J'aime pas notre système, et pour une fois j'aurais presque quelques pistes pour l'améliorer...

On commence en chiffres ? Outre le remboursement de la dette (ha, ha, ha...) le Ministère de d'Education Nationale est le premier budget du gouvernement français, 21% du budget en 2010. On est au dessus de 60 Milliard d'euros. Tant de zéros, ça vous parle pas non plus ? Bon alors il faut savoir qu'avec cet argent, on paye les profs (60%), on aide certaines familles, on finance des cantines et on investit dans des infrastructures. Les quelques virgules qui restent sont négligeables. Même si les 60 Milliards parlent pas, on peut noter qu'on est le second plus gros dépensier d'Europe dans ce domaine, après la Suède. Mais pourtant, encore une fois ce sont les chiffres qui parlent, même si au niveau du nombre de diplômes on reste dans la moyenne, on explose des records dans le nombre de déscolarisations dites précoces, c'est-à-dire avant un premier diplôme significatif (BEP, CAP, BAC...).

Et pour le reste, plus besoin de chiffres. On sait pertinemment que notre système est catastrophique tellement notre organisation est mauvaise. Y'a un truc de drôle chez les profs, et c'est plutôt étonnant, c'est que plus t'es ancien, et plus t'as le droit d'enseigner dans une planque. Mais si t'es un bleu, alors tu vas en chier sévère dans une classe inimaginable, tu vas prier pour que le temps passe vite, si t'as de la chance tu tiendras le coup et tu pourras refiler ta classe au bleu suivant. Mais cette classe là, d'une part personne en veut, et d'autre part elle est pas prêt de retrouver le droit chemin si on lui donne pas un peu de stabilité. Alors qu'on soit clair, quand je parle de classes difficiles, je parle pas du 18è arrondissent de Paris ou c'est difficile d'éduquer 12 futurs médecins à la hauteur des attentes des parents. Non non. Je parle des classes fourre-tout, dans lesquelles on colle les élèves qui comprennent moins vite que la moyenne, ceux qui sont violents, ceux qui chient sur le système, ceux qui ont un handicap qui pourrait perturber une classe, ceux qui ont été virés de toutes les structures à 100km à la ronde et qu'il faut bien caser quelque part... bref, tout les rejets du cursus classique. Et donc on mets ces 15 déchets ensemble, en se disant, entre déchets, ils vont se tirer mutuellement vers le haut ? Hahaha, la blague. Non, en général au bout de deux ans, celui qui comprenait moins vite sera devenu violent, et le violent sera devenu irrécupérable. Sympa comme programme, non ? Donc dans ces classes SEGPA et autres, on mets un prof absolument pas formé et ça et qui sort fraîchement de l'école, en lui promettant que s'il ne se suicide pas avant 2 ans, il pourra accéder à une classe plus autonome. On lui dit qu'il sera aidé ce prof, on lui met à disposition un espèce de vigile qui, sur appel, pourra venir chopper Quentin par le polo et le déposer dehors en lui expliquant que c'est mal et qu'il fallait mieux respecter le professeur. Et le professeur, attaché à son métier et voulant élever du mieux possible chacun de ses élèves, se tuera à la tâche en comprenant que pour les 14 restants, c'est 14 rythmes différents qu'il faudrait pouvoir développer, et 14 possibilités de dérapage s'il essaie d'être un peu autoritaire. Et vous retrouverez, quelques mois plus tard dans les faits divers, que le dit prof a giflé un élève et que c'est une honte de dévaloriser ainsi un métier fantastique.

Le problème c'est ni la gifle, ni l'élève, ni le prof, c'est le système. Si ce système pouvait accepter l'échec, et considérer qu'un échec scolaire est loin d'être synonyme d'échec de vie, tout serait tellement plus simple. L'enfant qui chie sur le système et qui refuse l'autorité pourrait alors être déscolarisé plus tôt et accompagné de manière différente. Si ce système souhaitait un peu plus s'adapter à son public, on n'aurait pas des classes poubelles, qui servent davantage de garderie que d'école, et dans lesquelles les élèves qui veulent s'accrocher n'auront ni les moyens ni le droit de le faire. Et sérieusement, très sérieusement, vous estimez qu'à l'école on vous apprend à grandir, qu'on vous apprend la vie ?

Donc ouais, j'aime pas ces classes dites prioritaires, Segpa ou je ne sais quoi d'autre. Faudrait des enseignants passionnés, avec des moyens plus grands, et surtout, oh grand surtout, des classes spécialisées. J'estime pas que 30 ou 35 élèves par classe c'est trop. On peut en général les découper en 2, 3 ou 4 niveaux. Mais une classe de 14, avec 14 niveaux, oui là c'est trop. Pourquoi pas faire des classes avec deux profs ? Ce serait 10 fois plus vivant et pour ces enfants dits en difficultés, ça serait important. Ce serait une nouvelle corde, une nouvelle possibilité pour nous de leur redonner goût à l'école.

On me dit dans l'oreillette que en fait non, on a pas le droit de faire ça en France et qu'il faut formater les profs comme on programme des robots industriels. Sinon les enfants ils seront différents d'une classe à l'autre et que ça on aime pas du tout ça, après ils pourraient même se mettre à réfléchir par eux mêmes. Ah, bien. Tant pis, désolé d'être venu.